Le Pic de Morgon

Curieusement notre petit groupe n’avait jamais randonné sur les pentes du Grand Morgon. Sans doute une des raisons est qu’il est un peu loin de notre base mais aussi que près de mille mètres de dénivelé nous effrayait un peu. La découverte du tracé d’un nouveau sentier ramenant le dénivelé à 780 mètres nous à amenés à revoir notre position et à programmer cette rando, mais elle à joué de malchance, mauvais temps ou confinement l’on reportée de trimestre en trimestre.

Bref, ce mardi devançant l’heure prévue de départ neuf irréductibles partaient en direction de Savines-le -Lac. Avant de passer le pont Le Morgon nous apparaît dans toute sa grandeur. Quelques kilomètres après Savines, à droite direction Abbaye de Boscodon. Nous apercevons les bâtiments de l’Abbaye et toujours à droite prenons la petite route puis la piste qui au bout de cinq kilomètres et demi nous conduit au parking des Clots. Nous sommes déjà partis de Cruis depuis deux heures. En mettant nos chaussures nous bavardons et le sujet des « Disparues de Boscodon » est évoqué. Trois dames d’une soixantaine d’années… nous sommes six à répondre au signalement, la plus grande prudence s’impose !

La météo prise la veille au soir nous a stressés. Qu’est-ce que c’est que ces températures hivernales en début d’automne, huit degrés prévus à Savines ça devrait avoisiner une paire de degrés au parking, nous avons sorti les vêtements d’hiver. L’air est léger, la température douce et le soleil discrètement voilé quand nous commençons notre rando. Rapidement nous regrettons notre harnachement un peu chaud.

Une belle piste serpente en forêt offrant à travers les arbres une vue plongeante sur le lac de Serre-Ponçon, Savines et son pont, au loin Embrum et sa falaise, en face le mont Guillaume et les Aiguilles de Chabrières, au pied de belles lames de rocher. La piste s’oriente à l’ouest et nous découvrons le Pic de Morgon et la crête dominant le Cirque de Morgon. « C’est là qu’on va ? » Et oui … De là où nous sommes on sent bien qu’il va falloir faire un petit effort… Nous quittons la forêt au bord du Cirque, nous passons au large des cabanes de berger. Premier cairn, nous nous interrogeons « tu crois qu’une disparue pourrait-être dessous ? » À l’est la neige fraichement tombée saupoudre la montagne, le reste du Cirque déploie toute une palette de terres rouges, de schistes bleu métallisé et toutes sortes de verts. Le chemin de terre noire est très glissant, pas le choix sur les bas cotés l’herbe avec des restes de neige est encore plus périlleuse. Sous l’œil réprobateur d’un Berger d’Anatolie qui grogne nous faisons de notre mieux pour ne pas nous étaler. Deuxième cairn… Six parapentes ornent de taches multicolores les crêtes. Ce sont certainement les jeunes sportifs avec d’énormes sacs à dos qui nous ont dépassés un peu plus tôt.

Nous attaquons la dernière partie de la montée par un sentier serpentant à travers les blocs de pierres. Troisième cairn… c’est bon le compte y est. Nous arrivons au sommet et là devant un tel panorama grandiose nous nous trouvons mille fois payés de nos efforts. De l’autre coté de la face par laquelle nous sommes montés nous découvrons la vallée de l’Ubaye et tout le bras de lac que longe la route de Barcelonnette. Les rochers pentus et moussus de cette face prennent des airs d’estampes chinoises. Le massif du Morgon semble enserré par le lac de Serre-Ponçon. Il fait délicieusement bon, pas trop de vent et nous affalons dans l’herbe pour le pique-nique. Nous nous interrogeons sur le chemin de retour. Deux possibilités : retour par le chemin de l’aller ou une boucle par les crêtes du Cirque de Morgon. Le chemin par les crêtes présente deux passages délicats. Le premier est une dizaine de mètres à franchir en sautant sur des pierres avec le vide à gauche et le vide à droite…. Le deuxième est une quinzaine de mètres à passer collé à la paroi avec des prises faciles si l’on fait abstraction du vide en dessous. Finalement nous optons pour deux groupes, un tiers deux tiers. Donc six d’entre nous redescendent par le même chemin. Nous retrouvons le Berger d’Anatolie qui nous barre le chemin. Nous entreprenons une discussion avec lui.  « Oui tu fais bien ton travail, tu es un bon chien, tu es très beau. » Nous aurions du dire belle car c’était une chienne. Elle se rend à nos arguments au point de venir chercher un câlin et nous invite à passer par le Cirque prés des bergeries, ce qui nous offre un chemin de retour moins boueux et plus agréable. Nous étions convenus de nous retrouver aux Portes de Morgon. Timing parfait nous n’y étions pas depuis deux minutes que surgissent nos trois funambules ravis et excités par leur itinéraire acrobatique. Ils nous montrent des photos de la Chapelle Saint-Pierre et de son autel formé de deux impressionnants blocs de tuf. De loin avec sa structure de Mélèze cet endroit ressemble plus à un kiosque à musique qu’a une chapelle mais le coin est tout à fait étrange avec son lac qui fait partie des neuf « lacs sacrés » des Hautes-Alpes.

Le groupe reformé, une petite heure de marche nous ramène au parking. Ouf tout va bien nous n’avons pas de disparue. Nous redescendons la piste jusqu’ a l’Abbaye de Boscodon que nous avons la chance de trouver ouverte. La belle grande voute de l’église dans la simplicité et l’harmonie des volumes de l’art Cistercien nous accueille. D’intéressantes sculptures en bois retiennent notre attention.

Revenons au séculier, la buvette du Gîte de Boscodon étant fermée nous nous précipitons dans le premier café de Savines pour étancher notre soif avant de reprendre la route. De l’avis de tous une super balade !