Le Fort de Mévouillon

Un petit mistral bien paresseux (adjectif que j’ai mis du temps à comprendre, le mistral est paresseux car il ne se donne pas la peine de faire le tour… Il passe à travers) Un petit mistral bien paresseux donc n’avait pas réussi à dissuader pas moins de quinze personnes à partir par petits groupes à l’assaut du Fort de Mévouillon. Cruis, Saint-Étienne-les-orgues, Banon, Revest-du-Bion nous nous élevons au milieu des champs de lavande vers le Col du Négron. Passé le Col un curieux spectacle nous amuse, les feuilles mortes sous l’effet du vent remontent la route, semblent faire la course, pour se rassembler en congère dans un tournant. Nous traversons Séderon sans rencontrer âme qui vive, impressionnant un village mort complètement auto confiné, puis Villefranche-le-Château et nous voici arrivés à Gresse-Mévouilon à pied d’œuvre.

Nous laissons les voitures à l’entrée de Gresse et nous partons en traversant le village en direction du cimetière. Le chemin du Col de Riousse est bordé d’amandiers en fleurs qui, quand nous nous retournons, offrent un écrin fleuri au Ventoux enneigé et en majesté.

Le chemin est orienté à l'est, au sud nous avons une vue privilégiée sur les belles falaises calcaires qui entourent le plateau où se trouvait le Fort. Site exceptionnel, on comprend le désir du puissant Baron de Mévouillon d’y établir une forteresse et celui de Richelieu de la faire raser. Nous tournons autour du plateau rocheux, nous coupons à travers champs sans aller voir le petit village de Pelleret mais nous arrêtons au curieux cimetière de Saint-Buguet avec son campanile. Nous arrivons au lieu dit le Col, petit test d’orientation, le chemin que nous voulions prendre a disparu au profit d’une grande piste qui mène à un site d’escalade. Un panneau nous vente une trentaine de voies de différents niveaux.

Nous nous trouvons rapidement au pied de la falaise de la face sud et nous choisissons de nous arrêter pour pique niquer pendant que nous sommes à peu près protégés du vent. Nous observons le manège des faucons pélerin qui nichent dans la falaise et le vol des choucas et chocards. Après la halte du déjeuner nous gravissons les derniers mètres pour parvenir sur le plateau. Il y règne un vent d’enfer qui ne décourage pas de gros rapaces de voler. Le lieu est aussi un site de décollage de parapente, la manche à air est gonflée à bloc.

Étonnant au point le plus haut du plateau un grand bassin accueille les eaux d’un puits artésien au point de partage des eaux des bassins de la Durance et du Rhône. Au sud nous avons la vue sur la vallée de la Méouge et au nord sur celle de l’Ouvèze jusqu’au Mont Ventoux. A nos pieds la marqueterie des terres cultivées joue avec toutes les nuances d’ambres, de blonds et de blancs. Admirable image du travail de l’Homme !  

Il ne nous reste que très peu de chemin avant de retrouver les voitures, dix kilomètres, quatre cent soixante mètres de dénivelé nous sommes satisfaits de notre « envolée ».