Trois journées dans l'Ubaye

Premier jour : Finalement et malgré les menaces d'orages en montagne, nous sommes 10 participant(e)s au rendez-vous de 9 heures à Cruis, à parité, 5 filles et 5 garçons, pour cette sortie de fin d'année scolaire. Le covoiturage s'organise en deux voitures seulement et nous voilà partis vers Sisteron, Tallard, Barcelonnette. Nous remontons la vallée de l'Ubaye, traversons le village de Saint-Paul sur Ubaye, puis après Grande Serenne, tournons à droite pour emprunter la petite route qui monte vers Fouillouse après avoir passé le fameux pont étroit du Châtelet qui, avec son arche unique de pierres  posée  au sommet d'une gorge très étroite et profonde, surplombe le torrent de 108 mètres.  Nous garons les voitures au parking prévu à cet effet à l'entrée du village et pique-niquons un peu au-dessus à l'ombre de la végétation.

Vers 13 h 30 nous démarrons notre marche qui durera 2 h 30 (720 m de dénivelé), d'abord en traversant le village de Fouillouse (1 900 m), puis en empruntant le chemin en lacets qui monte fort au début mais régulièrement. Il fait chaud mais pas trop, tranquillement nous nous élevons au-dessus de la vallée, le chemin s'établit ensuite en balcon puis, après avoir franchi un petit verrou glaciaire nous arrivons au refuge du Chambeyron (2 626 m) qui domine le lac Premier au bord duquel pullulent les marmottes et les tapis de fleurs sous l'imposante et caractéristique silhouette du Brec du Chambeyron.

Deux jeunes femmes tiennent le refuge, l'accueil n'est pas délirant (il nous est reproché de n'avoir prévenu que la veille que nous n'étions que 10 au lieu des 12 participants initialement prévus...). A 19 heures, après avoir descendu quelques bières bien fraîches et s'être débarbouillé, qui aux robinets d'eau froide (pas de douche d'eau chaude, ni de wifi dans ce refuge), qui dans le lac lui-même, nous nous attablons avec deux belges (les seuls randonneurs présents ce soir-là en dehors de notre groupe), pour le repas préparé par ces dames, c'est bon mais pas très copieux...

Pour la nuit Lurosport est regroupé dans un seul dortoir prévu pour 16 personnes, nous sommes donc plutôt à l'aise. Il fait un peu chaud mais point de ronflements intempestifs...

Deuxième jour : Après un petit déj' très classique sans plus, nous partons en direction du lac des Neuf Couleurs (2 840 m). Nous passons d'abord sous la Croix Bujon du nom de l'adjudant chasseur alpin qui trouva bêtement la mort en août 1891 en tentant seul de planter un drapeau sur le Brec du Chambeyron, histoire de narguer les Italiens dans un geste aussi vain que fanfaron. La progression est aisée et splendide : nous sommes dans un vallon assez verdoyant encore, parsemé de plusieurs petits lacs (lac Rond, lac Long, lac Noir), dominé sur notre droite par le majestueux Brec du Chambeyron (3 389 m), sur notre gauche par la pointe de Chauvet (3 320 m) et devant nous, au bout du vallon, par l'Aiguille de Chambeyron plus haut sommet des Alpes de Haute-Provence avec ses 3 412 mètres d'altitude. 

Après une heure de marche à peine, nous arrivons au lac des Neuf Couleurs, encore partiellement gelé, ce qui lui donne des teintes bleutées-émeraude particulièrement belles. Petite pause photos puis nous nous attaquons au grand névé se trouvant au Sud du lac, seul accès au col de la Gypière qui se trouve juste au-dessus. Nous nous regroupons pour mieux assurer la sécurité car il ne s'agit pas de faire une glissade qui mènerait tout droit dans le lac ! Le col de la Gypière (2 927 m) marque la frontière avec l'Italie et la ligne de partage des eaux entre le bassin du Rhône et le bassin du Pô.

Nouvelle pause pour admirer de haut le lac et déposer pour certains les sacs à dos. Puis nous longeons la frontière sur la gauche en direction de l'Est pour grimper la Frema, ou plus précisément sur la Tête de la Frema (3 151 m). L'ambiance devient minérale. La pente est forte mais une heure suffit pour atteindre le sommet planté d'une croix en fer. Le temps est encore au beau même si des bourgeonnements nuageux commencent à se former. Le paysage est largement ouvert sur l'Aiguille du Chambeyron juste en face, la vallée de l'Ubaye, le mont Viso plus loin en Italie, le petit refuge de Barenghi et quantité d'autres sommets. C'est le moment des selfies !

Nous redescendons par le même chemin mais en faisant un petit détour sur les bords du lac Noir (2 815 m) qui nous accueillent pour le pique-nique. Certains en profitent pour se laver et même faire quelques brasses. Mais le temps se gâte, une petite pluie qui ne durera pas nous oblige à écourter la sieste et enfiler nos ponchos. Arrivés au refuge, quelques bières, des jeux de société, le tour du lac Premier, le spectacle d'un couple de chamois courant devant le refuge, nous amènent à l'heure du repas, nettement plus copieux cette fois-ci ! La relation avec les deux responsables du refuge se réchauffe nettement et les échanges avec elles vont bon train... Dodo paisible à nouveau dans l'ombre du Brec du Chambeyron.

Troisième jour : Petit dej' puis retour vers Fouillouse mais en longeant le lac Premier et en franchissant le Pas de la Couletta (2 752 m) que nous atteignons rapidement après un bref raidillon. C'est alors la descente plein Sud par le vallon des Aoupets, où nous retrouvons une belle flore après un chaos de rochers. Arrivés dans le vallon où coule le Riou de Fouillouse et passe le GR 56, au lieu de retourner directement au village, nous remontons vers l'Est dans le vallon de Plate Lombarde, contournons la Tête de Plate Lombarde jusqu'aux sagnes (marécages) du lac du Vallonnet Supérieur pour arriver au col du Vallonnet (2 524 m). La vue est là encore magnifique sur la Rocca Blanca, le col de la Portiolette, la Batterie et la Tête de Viraysse, etc.

Nous redescendons à nouveau, cette fois en direction de Fouillouse et, après avoir pique-niqué au bord du Riou et dépassé les ruines du Fort de Plate Lombarde (vestige appartenant à la ligne Maginot et qui a été utilisé lors de combats en juin 1940), nous rejoignons le village de Fouillouse où un adorable petit bistrot nous sert glaces artisanales et autre rafraîchissements bienvenus.

Finalement nous avons échappé aux orages de fin d'après-midi et le programme prévu a été entièrement réalisé ! La joie et l'amitié partagés nous encouragent, malgré un peu de fatigue, à reprendre les voitures pour faire la route du retour.